Yassine Poli
(English follows)
« Le pouvoir en Tunisie est un pouvoir fort…il est le descendant légitime de l’État national depuis 1956. » C’est avec ces mots que le journaliste et intellectuel tunisien Borhane Bsaies avait commenté la révolte populaire tunisienne, dans la populaire émission Al-Itijah Al-Mouakis « À contre-sens » sur la chaine de télévision qatarie Al Jazeera, en défendant le pouvoir déchu de l’Ex président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali., en fuite en Arabie Saoudite depuis le 14 janvier 2011,
Pourtant, trois jours plus tard (l’émission a été diffusée en direct le 11 janvier 2011), c’est la fin de ce régime policier fortement déstabilisé par d’énormes manifestations populaires qui le secouaient depuis trois semaines. Un gigantesque mouvement social qu’on appelle désormais « La révolution du Jasmin » donnera naissance à une autre semblable en Égypte et ailleurs dans le Nord-Afrique et le Moyen-Orient. On parle désormais du « Printemps Arabe ». Retour sur le déroulement de ces mouvements sociopolitiques qui agitent le Monde Arabe depuis le début de cette année 2011.
Tunisie : La révolution du Jasmin ou la révolution pour la dignité
Il faut être tunisien pour comprendre pourquoi les Tunisiens préfèrent de nommer leur révolution : Révolution pour la dignité; plutôt que la qualification donnée à elle en occident : La révolution du Jasmin. Or, en s’immolant un certain 17 décembre 2010, le jeune tunisien Mohammed Bouazizi, diplômé universitaire mais au chômage a osé se sacrifier pour exprimer ce ras-le-bol social et politique que vit tout un peuple, méprisé, tué et emprisonné par un pouvoir dictatorial qui gouvernait la Tunisie avec le tout sécuritaire depuis l’arrivée au règne du général Ben Ali le 7 novembre 1987.
Cinq jours (le : 22 décembre 2010) après l’immolation du Martyr Bouazizi, c’est le tour d’un autre jeune tunisien de la même ville de Sidi Bouzid, au centre du pays, en criant qu’il ne voulait «plus de misère, plus de chômage». Subissant le chômage, le mépris, la cherté de la vie et l’écart de croissance entre leur région et les autres régions touristiques au Nord de la Tunisie, les populations civiles descendent dans la rue pour manifester pacifiquement leur colère envers cet état des choses.
Le 24 décembre 2010 et à 60 km de la ville de Sidi Bouzid, dans la localité de Menzel Bouzayane, des affrontements violents entre la population civile et la police font un mort et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, les manifestations arrivent la capitale Tunis et comme dans toutes les tyrannies, la solution sécuritaire est la préférable. Les civils ont été violemment dispersés par les forces de l’ordre avec comme résultat plusieurs blessés du côté de la population civile.
« Je vous ai compris » : La petite phrase n’est pas celle de Charles de Gaulle à Alger en 1958 mais bel et bien celle du dictateur Ben Ali, qui 23 ans après son arrivée au pouvoir après un coup d’État, exprime sa compréhension de «la difficulté générée par la situation de chômage et son impact psychologique sur celui qui la subit». Fidèle à ses pratiques dictatoriales, l’Ex chef d’État tunisien dans son discours à la nation du 28 décembre 2010, le premier depuis le début des émeutes sociales qui agitent son pouvoir, promet un avenir meilleur mais au même temps met en garde les Tunisiens contre d’éventuelles demandes politiques mettant en cause son pouvoir.
Le 4 janvier 2011, le vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, dorénavant symbole de la révolution pour la dignité en Tunisie et ailleurs dans le Monde Arabe, décède et 5.000 personnes marchent derrière son cercueil tout en criant vengeance jusqu’au cimetière. La révolution connait une autre phase dans les jours qui s’en suivent. Les 8 et 9 janvier furent deux journées meurtrières. En effet, les émeutes violentes dans trois villes du centre-ouest du pays, Kasserine, Thala et Regueb, font 21 morts selon les sources officielles et 50 morts d’après une source syndicale. Ainsi, les Tunisiens redécouvrent le vrai visage meurtrier du régime qui les gouverne d’une main de fer depuis deux décennies.
Dans son deuxième discours du 10 janvier 2011, le général promet 300 000 emplois d’ici 2012. Il est dans la possibilité d’en créer grâce à la générosité infinie de son collègue dans la tyrannie à l’Est, El Gueddafi de la Libye. La solution du tout sécuritaire n’est pas absente. Les portes des écoles et des universités ont été fermées et à partir du 12 janvier, un couvre-feu nocturne dans la capitale et sa banlieue est décrété par le remplaçant de l’ancien ministre de l’intérieur.
« Il n’y a pas de présidence à vie » : La décision aurait semblé avoir un caractère de soulagement si elle avait été déclarée il y a des années, mais dans le cas de Ben Ali lors de ces évènements, elle exprime une vraie peur au sein de son pouvoir. Dans son troisième discours depuis le début des émeutes et son dernier en tant que président de la Tunisie, Ben Ali s’engage à laisser le pouvoir en 2014, à arrêter les tirs contre les manifestants, à baisser les prix des produits de première nécessité et à lever la censure sur les sites internet. La riposte du peuple tunisien fut de braver le couvre-feu et de descendre dans les rues de la capitale Tunis et des grandes villes comme Carthage et Sidi Bou Saïd pour manifester leur joie.
En annonçant le 14 janvier 2011 la dissolution de son gouvernement et l’organisation d’élections législatives anticipées d’ici six mois, le président en fuite brûle ses dernières cartouches et le peuple tunisien, conscient de ce qui l’attend si ce pouvoir reste en place, veut son départ de la tête de l’État.
En fin de journée, le premier ministre Mohammed Ghannouchi déclare qu’il va assurer l’intérim de la présidence car le chef de l’État «n’est temporairement pas en mesure d’exercer ses responsabilités». Ce dernier a en réalité pris l’avion quelques heures plus tôt pour rejoindre la ville de Jeddah, en Arabie Saoudite. Le choix de ce pays n’est pas volontaire. Il se justifie par le fait qu’aucun pays allié du pouvoir de l’ancien président tunisien, entre autre la France et Malte, n’est prêt pour le recevoir. En quittant la gouvernance de la Tunisie et en prenant la fuite vers le Golfe, Ben Ali était obligé d’obéir à la volonté populaire pour une réelle transition démocratique où le peuple tunisien sera la véritable source de légitimité politique. Ce que les mois qui ont suivi ces évènements nous ont montré.
Les répercussions de la révolte populaire tunisienne dépassent de loin ses frontières. On va voir qu’à des centaines de km à l’Est de la Tunisie et même pas 10 jours après le renversement du régime de Ben Ali, c’est l’Égypte de Moubarak qui débute sa révolte populaire qui va pousser un autre dictateur arabe à quitter son fauteuil.
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Yassine Poli
« The regime in Tunisia is strong… it is the legitimate descendant of the national State since 1956.” These words were the comment Borhane Bsais, Tunisian journalist and intellectual, made about the Tunisian popular revolt, during the so-popular show of Al-Itijah Al-Mouakis “against the grain” on the Qatari channel Al Jazeera, defending the fallen regime of the former Tunisian president, Zine El-Abidine Ben Ali, in hiding in Saudi Arabia since January 14th, 2011.
Nevertheless, three days later, (the show was broadcasted live on January 11th, 2011), it’s the end of this police state, highly destabilized by huge popular protests that was challenging it during the past three weeks. A gigantic social movement now called “Jasmine revolution”, which will lead to a similar one in Egypt, and elsewhere in North-Africa and the Middle-East. It is called by the eminent specialists “the Arab spring”. A look back at these sociopolitical movements that attended the Arab world since the beginning of 2011.
Tunisia: The Jasmine revolution of the revolution for dignity
One has to be Tunisian in order to understand why the Tunisian prefer to name their revolution: Revolution for dignity, rather than the name given in western medias: Jasmine revolution. Yet, on December 17th, 2010, Mohammed Bouazizi, a young Tunisian, unemployed university graduate, dared to scarify himself, by self-immolation, in order to express that social and political discontent that a whole people lived, despised, killed and detained by a dictatorial government that ruled Tunisia since General Ben Ali took power on November 7th, 1987.
Five days following the immolation of the Martyr Bouazizi (December 22nd, 2011), it’s another Tunisian’s turn, from the same city of Sidi Bouzid, in the center of Tunisia, shouting that he wanted “no more misery, no more unemployment”. Undergoing unemployment, disregard, high living costs and the gap in growth between their region and other touristic regions in the North of Tunisia, the civil population takes the streets in order to demonstrate peacefully their anger with the current situation.
On December 24th, 2010, 60km away from Sidi Bouzid, in the locality of Menzel Bouzayane, violent combats between civilians and police result to one death and several injured. Few days later, the protests have reached the capital Tunis, and as in any tyranny, the security solution was preferred. The civilians were violently dispersed by law enforcement authorities, leading to several injuries amongst the civilians.
“I have understood you”: This short sentence isn’t Charles de Gaulle’s at Algiers in 1958; it is definitely Ben Ali’s, who’s expressing his understanding of the “hardness due to the unemployment situation and its psychological impact on he who undergoes it”, 23 years after he took the power after a coup d’état. In accordance to his dictatorial practices, in his address to the nation on December 28th 2010, the first since the beginning of the social riots that destabilize his government, the former Tunisian president promises a better future, while threatening the Tunisian from making eventual political demands that would question his regime.
Mohamed Bouazizi, street vendor and the now famous symbol of the revolution for dignity in Tunisia and the Arab world, dies on the 4th of January 2011, and 5000 people march behind his coffin, promising vengeance all along their way to the cemetery. The revolution enters then another phase during the few following days. The 8th and 9th of January were two bloody days. Sure enough, the violent riots’ toll in three cities in the central western part of the country: Kasserine, Thala and Regueb, is 21 dead, according to official sources, and 50 dead from syndical sources. Thus, the Tunisian rediscover the real murderous face of the regime that has been ruling them with an iron fist since two decades.
During his second address of January 10th 2011, the general promises 300 000 additional jobs by 2012. It is made possible for him to achieve that thanks to the limitless generosity of his eastern colleague in tyranny, Gaddafi of Libya. The zero tolerance option wasn’t excluded. Schools and universities closed their doors, and since January 12th, a nocturnal curfew in the capital and its suburbs was decreed by the former minister of interior’s stand-in.
« There is no presidency for life » : The decision would have been relieving if it had been declared years ago, but in Ben Ali’s case during these events, it expresses a real fear amongst his regime. During his third address since the beginning of the riots, his last as president of Tunisia, Ben Ali makes a commitment to give up presidency by 2014, to stop fires against the protesters, to lower essential products’ prices and to lift the censorship on internet websites. Tunisian people’s response was to defy the curfew and to take the streets of Tunis and the largest cities such as Carthage and Sidi Bou Saïd in order to express their joy.
By announcing the dissolution of his governments and the organization of anticipated legislative elections in six months, on January 14th 2011, the fleeing president played his last card, and the Tunisian people, acknowledging what’s waiting for him if his regime ever stays in place, wants his departure from the State’s top.
At the end of the day, Mohammed Ghannouchi, Tunisia’s Prime Minister, declares that he will temporarily fill the position of president because the head of state “is temporarily unable to fulfill his responsibilities”. Actually, the latter had taken a flight, few hours earlier, to Jeddah, in Saudi Arabia. Choosing that country wasn’t voluntary. It is justified by the fact that none of the former president’s regime’s allies, France and Malta amongst others, was ready to receive him. By exiting governance of Tunisia and fleeing to the Golf, Ben Ali was forced to obey the will of the people for a real democratic transition, in which the Tunisian people would be the true source of political legitimacy, which was shown by the following months.
The consequences of the Tunisian popular uprising greatly exceed its frontiers. Hundreds of kilometers away from the east of Tunisia, and barely 10 days after the overthrow of Ben Ali’s regime, it’s Mubarak’s Egypt that will start its popular revolution, which will make another Arab dictator abandon the chair.