placetahrir

"L'opinion publique est souvent une force politique, et cette force n'est prévue par aucune constitution." -Alfred Sauvy

Le site change d’adresse | Our address has changed

Suite à la complétion du projet sur le Printemps arabe de la Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval (DDDUL), le contenu de ce blogue a été déplacé vers une nouvelle adresse. Le site ddulaval.blogspot.com contient désormais tous les billets publiés sur Place Tahrir, et c’est là que nous publierons les prochains billets. Nous écrirons également de temps à autre sur la Chine, le pays sur lequel la DDDUL travaille actuellement. Place Tahrir ne cesse pas d’exister: le blogue est plutôt intégré à un blogue plus général. Nous continuerons à écrire périodiquement sur le Printemps arabe, qui mérite encore toute notre attention. Venez visiter la nouvelle page! Si vous désirez contribuer à notre blogue, écrivez-nous au droitsetdemocratie@asso.ulaval.ca.

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Following the completion of the Rights & Democracy Delegation at Université Laval (RDDUL)’s project on the Arab Spring, the content of this blog has been moved to a new address. All the posts published on Place Tahrir can now be found at rdulaval.blogspot.com, which is also where we’ll publish all the next posts. We’ll also write on China, the country we’re currently working on. Place Tahrir hasn’t stopped existing: it’s rather been integrated into a more general blog. We’ll keep writing periodically on the Arab Spring, which deserves all our attention. Check out our new page! If you want to contribute to our blog, email us at droitsetdemocratie@asso.ulaval.ca.

Entrevue avec Tamylia Elkadi | Interview with Tamylia Elkadi (in French)


Pendant que les élections égyptiennes battent leur plein jusqu’en mars 2012, Tamylia Elkadi, étudiante à l’Université de Montréal, nous explique ce qu’elle a vécu au moment du déclenchement des révolutions, au Caire, en janvier 2011. L’entrevue a été réalisée à l’automne dernier par Laurence Houde-Roy, de la Délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval, qui est maintenant en France en échange étudiant.

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Just as the Egyptian elections are still going on until March of 2012, Tamylia Elkadi, a student at Université de Montréal, explains us what she lived when she witnessed the first moments of the revolution in Cairo in January of 2011. The interview was shot last autumn by Laurence Houde-Roy, of the Rights & Democracy Delegation at Université Laval, who is now in France on a student exchange.

Valse avec Bashar | Waltz with Bashar

Jérémie Lebel

(English follows)

[Publié dans Impact Campus, édition du 24 janvier 2012]

La mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie a été allongée d’un mois, alors que la répression et les tueries se poursuivent dans le pays. La guerre civile est de facto commencée.

Lors d’une rencontre au Caire, les pays de la Ligue arabe ont convenu d’accorder un mois supplémentaire à leur mission d’observation, qui prenait fin le 19 janvier. La mission était dirigée par Mohamed Al-Dabi, un général soudanais accusé d’avoir été responsable de la création des milices janjaweed, coupables d’exactions au Darfour. Le 11 janvier, l’un des observateurs, Anwar Malek, d’Algérie, a démissionné en qualifiant la mission de « farce », et disant que l’armée syrienne essayait à peine de dissimuler ses agissements.

Selon l’ambassadrice américaine aux Nations Unies, Susan Rice, la Syrie a carrément accéléré le rythme des meurtres depuis l’arrivée de la mission d’observation. Le bilan total des morts s’élève à environ 5000 morts, surtout des civils, depuis le début des troubles en mars dernier, selon les Nations Unies. La Syrie fait l’objet de sanctions économiques de la part de l’Union européenne et d’autres pays occidentaux, mais l’opposition russe et chinoise empêche le Conseil de Sécurité des Nations Unies de prendre des résolutions condamnant les exactions commises.

L’émir du Qatar a récemment appelé à une intervention arabe armée en Syrie pour mettre fin aux violences. Néanmoins, ce scénario apparaît très improbable, vu le peu d’impact de la mission d’observation, et vu l’extrême sensibilité politique d’une telle intervention. Qui plus est, une intervention aérienne comme en Libye est impossible, car les combats ont lieu dans des zones urbaines densément peuplées. L’information émanant du pays pointe vers une guerre civile déjà commencée, et la possibilité d’affrontements interconfessionnels sanglants. La chute de Bashar Al-Assad est inévitable; le quand et surtout le comment demeurent des variables inconnues.

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Jérémie Lebel

[Published in Impact Campus, 24 January]

The Arab League Observation Mission in Syria has just been extended for a month, while the repression and killings are still going on strong. Civil war has begun de facto.

In a meeting in Cairo on January 22, the Arab League’s member countries convened to give an extra month to their observation mission, which was to end on January 29. The mission is headed by Mohamed Al-Dabi, a Sudanese general accused of having created the janjaweed militias responsible of war crimes in Darfur. On January 11, one of the observers, Anwar Malek, from Algeria, resigned saying the mission was a “farce” and that the Syrian army barely bothered to hide its actions.

According to the American ambassador to the UN, Susan Rice, Syria has downright stepped up the pace of its crackdown since the arrival of the Arab League’s observers. The total toll now rises at some 5000 dead, most of them civilians, since the first troubles in March of last year, according to UN statistics. Syria is now subject to economic sanctions imposed by the European Union and several Western countries, but Russian and Chinese opposition impedes the UN Security Council from taking any resolutions condemning the murders.

The emir of Qatar recently advocated for an armed Arab intervention in Syria to put an end to the violence. This scenario is highly unlikely, given the negligible impact of the observation mission and the extreme political sensitivity of such an intervention. Moreover, a Libyan-like aerial campaign is impossible, as most fighting occurs in densely populated urban areas. The info coming from the ground all but says a civil war has already broken out, and that sectarian fighting is a frightening but very possible outcome. Bashar Al-Assad’s fall seems inevitable; what remains to be seen is when and, above all, how, it will come to happen.

Un documentaire à voir | A quick recommendation

Jérémie Lebel

(English follows)

Beaucoup de reportages ont été publiés au sujet de la Libye depuis le début de la révolution et surtout depuis l’intervention aérienne de l’OTAN, qui commença le 19 mars 2011. Il est cependant rare de voir des reportages réellement tournés sur le terrain, avec un souci de montrer l’expérience vécue par les combattants eux-mêmes et comment ils vivent la guerre comme personnes happées par le tourbillon de la lutte.

J’ai eu la chance l’autre jour de découvrir sur Al-Jazeera un documentaire appelé "Holding the Line", de Patrick Wells, que je recommande chaudement à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin au Printemps arabe. Le cinéaste a accompagné durant trois semaines un groupe de jeunes combattants près de Misrata et s’est attaché à montrer la guerre telle qu’ils la vivent. Le résultat est brillant. Point ici de mise en scène hollywoodienne, ni de surenchère dans le pathos. Ce qu’on voit, c’est une guerre réelle, où les combattants tirent de loin, ou ils mangent ensemble, où ils parlent des bombes qui tombent comme ils parleraient de la météo qui se calme (l’inhabituel devient habituel).

Notez, en particulier, l’étrangeté sinistre de la scène tournée en vision nocturne ou l’un des combattants décrit son expérience du fait de tuer. On y lit toute la banale horreur de la violence.

Faites attention à la fin: elle peut émouvoir. La mort ne se préoccupe pas de la justice quand elle frappe.

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Jérémie Lebel

A lot of media content has been published about Libya since the beginning of the uprising and especially since the first salvos of the NATO, which began on March 19th of 2011. Yet, we rarely read or see features that really were shot on the ground, with the intent of showing how the fighters themselves live their war, and how they carry on in this maelstrom of fire they were caught in.

I recently had the chance of watching a documentary on Al-Jazeera called "Holding the Line", by Patrick Wells. I heartily recommend anyone interested in the Arab Spring to watch it. The journalist followed a small group of fighters near Misrata for three weeks and focused on showing war as they saw and lived it. The result is nothing short of brilliant. No Hollywood-style staging here, nor any overwrought pathos. What we get to see is a real war, where fights exchange shots from afar, where they eat together, where they talk about shellings like they would talk about bad weather (the unusual becoming the usual).

Note, in particular, the eerie oddness of the scene shot in night vision, with one of the fighters describing his experience with killing. In that scene you can witness all the banal horror of violence.

Be careful, though: the ending can hit home hard. Death doesn’t care about justice when it strikes.

http://english.aljazeera.net/programmes/witness/2011/12/2011128125052290525.html

Le dilemme de l’islamisme | The dilemma of Islamism

Jérémie Lebel

Chronique

(English follows)

 

La montée de l’islamisme est dans doute l’un des sujets les plus discutés quant au Printemps arabe. Un rôle accru pour les partis religieux semble inévitable dans tous les régimes politiques post-révolution, ce qui cause des débats sans fin sur si nous devrions déjà enterrer la démocratie ou célébrer l’intégration des croyants dans le jeu politique standard. Devrions-nous craindre la diffusion d’un modèle de théocratie à l’iranienne? Pas exactement. Cependant, je crois que l’on peut défendre les valeurs libérales malgré les différences culturelles. Je soutiendrai ici que l’arrivée de la démocratie est en soi une bonne chose, même et à cause qu’elle inclut des partis islamistes, mais que les idées islamistes devraient être combattues, quoique de manière démocratique et rationnelle.

Pour commencer, les partis islamistes ont souvent bien peu en commun. Ils sont rarement transnationaux, ce qui affecte beaucoup leur programme. Ennahda, par exemple, est un parti tunisien avant d’être un parti islamiste. Bien sûr, ses leaders ont de la sympathie pour la cause palestinienne, mais on peut dire de même du Parti Libéral du Canada et de la cause tamoule. Ennahda ne cherche pas à établir un califat avec tous les pays du Maghreb, mais seulement à diriger la Tunisie. C’est aussi avant tout un parti politique, au contraire du Hezbollah libanais, qui est un mouvement social / milice / groupe terroriste / parti politique. Ennahda ne fournit pas de services sociaux, à part pour gagner quelques votes, à la manière des partis politiques québécois dans les années 40. Les Frères Musulmans égyptiens sont encore une autre sorte d’entité. Ils sont d’abord un réseau de réseau, un mouvement social dédié à l’islamisation de la société. Leur parti, Liberté et Justice, est une création récente. Le Hezbollah libanais, tel que mentionné, est à son tour un type de mouvement totalement différent. L’appeler « mouvement terroriste » n’est pas inexact mais est incomplet.

Les partis islamistes sont tellement différents les uns des autres que l’étiquette est presque inutile pour décrire la réalité. Deux partis du même pays peuvent être dits islamistes, mais présenter des modes d’organisation, buts et même visions du monde très divergents. Le parti salafiste égyptien An-Nour, par exemple, est nettement plus radical que les Frères Musulmans. Même si certains membres des Frères peuvent avoir des opinions morales similaires, ils n’approuveront pas nécessairement leur focus extrême sur les mœurs sociales et sexuelles ou leur vision de la prise de décisions.

On peut quand même faire quelques observations. Tous les partis se disant islamistes ou islamiques, pour reprendre leur formulation, croient que la religion devrait jouer un rôle plus grand dans la société et la politique. Ils croient que plus de religion dans la politique aide à garder cette dernière plus morale. La plupart associent la culture arabe à l’islam et croient qu’un renouveau islamique est la clé d’un renouveau des sociétés arabes (les partis néo-fondamentalistes, comme An-Nour, ne se préoccupent pas de culture mais uniquement du respect d’un code moral). On peut aussi sans trop de risques avancer que la plupart des politiciens religieux sont conservateurs socialement et moralement. C’est un peu comme si quelqu’un créait un « Parti du Renouveau Chrétien du Canada » : on ne s’attendrait pas à ce que ce parti milite bruyamment pour l’introduction d’un cours sur le changement de sexe à la maternelle.

Disons aussi ceci : peu importe ce que nous en pensons, l’islamisme est là, et il est sans doute là pour rester. Les partis politiques existent pour répondre à une demande, et les partis islamistes ne font pas exception à cette règle. La démocratie implique de résister à notre désir d’éliminer l’inconfort par la force. Elle n’a pas de force si elle dépend de la répression. Les défenseurs des idées libérales doivent résister à la tentation d’approuver des compromis anti-démocratiques au nom de l’endiguement du péril islamiste. Les idées se combattent avec d’autres idées, pas avec des hommes forts avec des fusils.

De toutes manières, la religion ne remettra pas les gens au travail et n’éliminera pas la corruption, deux des enjeux les plus urgents présentement. Avoir des islamistes au pouvoir rendra ce fait clair pour tous. Il est très possible que l’islamisme mène à une laïcisation de facto de la politique, à mesure que la routine de la politique rendra clair que les partis islamistes ne sont au final que des partis, tout aussi faillibles que les autres.

Néanmoins, je crois qu’il faut défendre l’idée selon laquelle l’intrusion de la religion dans la politique est un danger pour la liberté et que l’État devrait rester au-dessus de la mêlée. Je ne défends pas la simple « tolérance » des autres confessions que l’islam, comme certains comprennent la liberté de religion : je prône le droit absolu de changer de religion à partir de et vers n’importe quelle confession, de n’avoir aucune religion, de pouvoir faire du prosélytisme pour n’importe quel système de pensée (hormis pour les discours haineux), le droit de se marier et de vivre hors de la foi, et dans un monde idéal l’absence d’éducation religieuse autre que comparative.

Nous prenons la plupart de ces droits pour acquis. Cependant, dans la majorité des pays arabes, elles n’existent pas ou leur portée est restreinte. La Tunisie est souvent dite laïque, mais elle ne permet pas le mariage d’une musulmane avec un non-musulman. Des restrictions au prosélytisme chrétien existent dans plusieurs pays arabes. En Égypte et au Liban, pour ne citer qu’eux, le mariage civil n’existe pas. Les lois anti-apostasie, c’est-à-dire des lois punissant ceux qui renoncent à l’islam, sont heureusement rares, quoique les sociétés arabes voient généralement mal ceux qui renoncent à leur religion.

Selon moi, la liberté de religion est la même chose que la liberté de conscience. Une religion est un système de pensée décrivant le monde, lui donnant un sens, et donnant des instructions quant à comment vivre. Une religion n’est pas intrinsèquement différente d’un autre système de pensée, à part de sa prétention à provenir d’une source surnaturelle. Il n’y a donc pas de raison justifiable de limiter la liberté de religion. La limiter, ou baser les services publics sur l’appartenance religieuse ou son absence, revient à limiter la liberté de conscience. Une fois ce point reconnu, les débats politiques autour de la religion deviennent incomparablement clairs. Admettrait-on qu’un État interdise les mariages entre libéraux et libertariens? Admettrait-on qu’un État interdise aux conservateurs de diffuser leurs idées, et ce même si 98% de la population est socialiste?

Garder l’État laïque est un idéal digne d’être défendu, et qui selon moi est indissociable de la défense de la démocratie. Quand l’âme n’est pas libre, le citoyen ne l’est pas non plus. C’est pourquoi ma position en tant que défenseur de la démocratie libérale est de combattre les propositions islamistes, tout en reconnaissant leur droit de les défendre.

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Jérémie Lebel

Column

Of all things Arab Spring, the rise of Islamism is perhaps the most discussed. An increased role for religious-minded parties appears inevitable in all post-revolution political orders, causing endless debates about whether we should already write the obituary of democracy or welcome the integration of the believing into the mainstream fold. Should we fear the diffusion of an Iran-styled model of theocracy? Not quite. Yet, I think there is a case to be made for liberal values beyond cultural differences. I’ll make the point that the advent of democracy is in itself a good thing, even and because it includes Islamist parties, but that Islamist ideas should still be fought, but in a democratic and rational way.

To begin with, not all Islamist parties are the same. First off, they very rarely are transnational. That affects their programs quite a lot. Ennahda, for instance, is a Tunisian party before being Islamist. Of course, its leaders do feel sympathy for the Palestinian cause, but the same could be said about the Liberal Party of Canada and the Tamil Cause. Ennahda has no ambition to create a caliphate uniting all Maghreb countries: it merely wants to lead Tunisia. It is also a political party first and foremost, as opposite to Hezbollah in Lebanon, which is a social movement / militia / terrorist movement / political party. Ennahda doesn’t provide social services, and when it does so it is to gain votes, just like our political parties used to hand out gifts to lure potential voters back in the 40’s. The Egyptian Muslim Brotherhood is of another ilk. They are at first a network of networks, a social movement dedicated to the islamization of society. Their party, Freedom and Justice, is a recent creation. The Lebanese Hezbollah, as mentioned, is again another kind of entity altogether. To label it a “terrorist movement” isn’t so much incorrect as incomplete.

Islamist parties differ on so many aspects that the label becomes almost useless when it comes to describing reality. Two different parties in the same country can agree on using the label, yet present starkly divergent modes of organization, aims and, to some point, worldviews. The Egyptian Salafi An-Nour Party, for example, is quite a lot more radical than the Muslim Brotherhood. Even if some members of the Brotherhood share its views on morals, they don’t necessarily share their extreme focus on social and sexual mores or their views on how to take decisions.

We can however put forward a few general truths. All parties who call themselves Islamist, or Islamic to respect their phrasing, believe that religion should play a larger role in society and government. They think that bringing back religion into politics will have a beneficial moral influence on it. Most associate Arab culture with Islam, and believe that a revival of Islam is key to a revival of Arab societies (neo-fundamentalist parties, like An-Nour, don’t care about culture so much as about observing a moral code). We can also safely say that most religious-minded politicians hold conservative views of society and morals. It’s just like if someone created a “Christian Renewal Party of Canada”: you wouldn’t expect that party to loudly advocate for the integration of a course on sex-change operations at kindergarten.

Let’s also say this: no matter what we think of it, the cat’s out of the box and we can’t wish it away. Political parties exist to fill a demand, and Islamist parties are no exception to that rule. Democracy is about resisting our wish to eliminate discomfort with force. It has no strength if it depends on repression. Defenders of liberal ideas should resist the temptation to approve of less-than-democratic compromises in the name of keeping the Islamist peril at bay. Ideas are best fought by other ideas, not by strong men with guns.

Besides, religion itself will neither put people back to work or root out corruption, two of the most pressing issued at hand right now. At least, having Islamists in power will make that quite clear. Islamism leading to de facto secularization of politics is a very real possibility, as the daily workings of politics will make it obvious that Islamist parties are, in the end, only parties, with the fallibility it entails.

There is however a case to be made that the intrusion of religion into politics is a danger to freedom, and that the State should remain above the fray. I am not merely defending “tolerance” toward faiths other than Islam, as some understand freedom of religion: I am advocating for the absolute right to change religion from or toward any faith, the right not to have any faith, the right to proselytize for any system of thought (apart from obvious restrictions to hate speech), the right to marry and live outside of faith, and in an ideal world the absence of religious education other than comparative.

Most of those rights are things we take for granted. However, in most Arab countries they don’t exist or are restricted in their reach. Tunisia is commonly called secular, yet a Muslim woman isn’t allowed to marry a non-Muslim man. Restrictions to proselytizing for Christians are not uncommon throughout the Arab World. In Egypt and Lebanon, just to cite those examples, civil marriage doesn’t exist. Apostasy laws – public punishment for renouncing Islam – are mercifully rare, although society usually holds a dim view of people who renounce their religion.

In my opinion, freedom of religion is the same as freedom of conscience. A religion is a particular system of beliefs describing the world, giving a meaning to it, and giving instructions as to how to live. It is not intrinsically different from other systems of thought, apart from its pretension to emanate from a supernatural source. There is thus no justifiable reason to limit freedom of religion. Limiting it, or basing public services on religious belonging or un-belonging, is the same as limiting freedom of conscience. Once that is recognized, political debates about religion become incomparably clear. Would it make sense for a State to forbid marriage between a liberal and a libertarian? Would it make sense for a state to forbid conservatives to spread their views, even if 98% of the population is socialist?

Keeping the state secular is an ideal worth defending, which I believe is inseparable from the defence of democracy. When the soul isn’t free, the citizen isn’t either. That’s why my position, as a defender of liberal democracy, is to advocate against Islamist propositions, all the while approving of their right to defend them.

Un an, jour pour jour | A year ago, to the day

Sabrina Zouaghi

(English follows)

Une année aux péripéties que nul ne croyait possibles, qui semblaient flotter au-dessus de la portée de ce peuple, telle une utopie réveillant les sens, faisant rêver à outrance. Pourtant, il ne fallut qu’un seul homme pour que ce doux rêve fasse écho dans la réalité, trouve refuge dans les cœurs meurtris, avares d’espoir et de jours meilleurs où leur voix, franchissant esprits et frontières, atteignent de plein fouet la perplexité de ceux qui jamais ne crurent cela possible.

Toi, sorti de nulle part, comment cela se fait-il que le monde entier connaisse ton nom, chargé de symboles de délivrance, de soulèvement par le peuple, de liberté ? Comment se puisse-t-il que Mohamed Bouazizi allie joie et tristesse, espoir et incertitude, changement et inertie ? Pourquoi l’Histoire se souviendra-t-elle de toi, mais pas de ceux qui poursuivirent dans ton sillage le chemin vers l’affranchissement?

Sidi Bouzid, Tunisie, berceau de la révolution aux deux noms. Nul besoin d’étayer davantage le récit des événements, car tous la connaissent, du moins l’essentiel. Je ne cesse de me demander à quel point s’élevait ton courage ou ta détresse pour commettre l’irréparable, pour allumer ces sentiments et extérioriser le feu qui brûlait en toi. Quelle pensée perça ton esprit à l’instant même où tu incendiais ta rage ? Détenais-tu la prétention que ce geste rassemblerait tes frères et sœurs face à l’adversité, face à l’illusoire impossibilité ? Ou croyais-tu exempter ta famille d’une bouche de moins à nourrir ?

Quoiqu’il en soit, tu te retrouvas au Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous, où l’icône de tes tourments osa même s’enquérir de ta figure. Quelle joie as-tu due ressentir à l’annonce de sa fuite précipitée !

En une année s’est déroulée l’histoire d’une décennie : soulèvements populaires, départ d’un dictateur, une contagion de ce printemps arabe aux autres bled, une épuration – plus ou moins réussie – des anciens sympathisants de Ben Ali, la naissance d’une centaine de partis politiques, des élections, une Assemblée constituante… Qui aurait cru cela réalisable dans cet État comptant le plus grand ratio policier par habitants ?

Il ne faut nullement minimiser les impacts du sacrifice – dont les conséquences se font encore ressentir, où les conditions de la liberté s’imposent et les choix de société s’effectuent. Ils étourdissent les intellectuels, mais tous peuvent s’exprimer.

Mon discours ne veut pas porter nécessairement sur le fil des évènements suivant ton acte, Bouazizi, mais plutôt sur ce qui te poussa à l’extrême. Être témoin de l’ostensible richesse d’une poignée d’hommes qui ne le sont que par leurs liens avec l’Homme, sans rien à voir avec l’Humanité elle-même, dépourvus de ces qualités qui permettent de transcender le simple état bestial.  Les savoir se remplir le ventre à n’en plus finir dans l’un de leurs somptueux palais, alors que tu peinais à trouver de la nourriture pour faire vivre ta famille, que tu te peinais de la peine d’essayer de travailler honnêtement pour quelques dinars sans que cette poignée d’hommes malhonnêtes ne le veuillent. La rage, la haine, le désespoir… Connaître ces sentiments partagés par le peuple entier gouverné par l’ingratitude et la méconnaissance de ses patriotes. Comment pouvoir accepter l’inacceptable et vivre muet par la honte de son bâillon de terre, maintenu par les matraques de certains de tes frères et sœurs de la bouliss ?  Probablement que tu désirais vomir ton désarroi à l’égard de ceux qui, par intérêt pour eux-mêmes, collaboraient avec Shaitan et déversaient leur dégoût sur les innocents qui se voyaient contraints d’ouvrir leur porte-monnaie et déposer dans ces mains couverts de la honte du peuple les quelques dinars gagnés par un dur labeur. Corruption… mot cuisant et alimentant le feu qui réchauffe la honte.

Un an, jour pour jour.

Peu importe la perception des Tunisiens quant au changement effectif ou nominal…

Peu importe l’accord ou non qu’ils ont à l’égard de ton geste…

Peu importe que Ben Ali soit réfugié quelque part, à l’abri de la justice…

Peu importe …

La Tunisie pleure l’un des siens parti il y a un an exactement.

Peu importe, une famille se voile du deuil aujourd’hui. La Tunisie entière partage sa peine.

Aujourd’hui, je pense plus que jamais à toi, Mohamed Bouazizi. Je pleure avec ta famille de ton sacrifice, je connais ton désespoir,  j’embrasse ta cause, je te remercie de la porte que tu as ouverte à ton peuple, à tes frères et sœurs du monde arabe. Puissent-ils se souvenir à jamais de ta rage et protéger le bled contre tout retour en arrière, contre tous ceux qui désirent mettre la main sur la fierté retrouvée du peuple.

Allah yarhmou.

 

Sabrina Zouaghi

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Sabrina Zouaghi

 

A year of events no one thought possible, that seemed to float out of that people’s reach, like a utopia waking up the senses, making one dream with excess. Yet, it took only one man to give that sweet dream an echo in reality, to incrust that dream in wounded hearts, thirsty for hope and better days where their voices, breaking spirits and borders, strike at the perplexity of those who had never thought it possible.

You, who come out of nowhere, how is it that the entire world knows your name, loaded with symbols of deliverance, of popular uprising, of freedom? How is it that in Mohamed Bouazizi one finds joy and sadness, hope and uncertainty, change and inertia? How is it that History will remember your name, but not that of those who followed your path toward liberation?

Sidi Bouzid, Tunisia, cradle of the revolution with two names. No need here to further tell the story of the events, for all know it, at least in its outlines. I never stop wondering how far up your courage and your distress rose, so high as to have you go beyond the point of no return, to set your feelings ablaze and pour out the fire burning in you. What thought gleamed in your spirit when you were burning your rage? Did you think your action would unite all your brothers and sisters against adversity, against the illusion of impossibility? Or did you think you were giving your family one less mouth to feed?

Whatever the answer, you found yourself in the Center of Traumatology and Severe Burns of Ben Arous, where the very icon of your torments dared inquire about your face. What joy must you have felt at the news of his hurried flight!

In one year the story of a decade unfolded itself: popular uprisings, a dictator fleeing, a contagion from this Arab Spring to the other bled, a purge – more or less completed – of Ben Ali’s ex-sympathizers, the birth of a hundred political parties, elections, a Constitutive Assembly… Who would have deemed it possible in that State with the highest ratio of policemen per citizens?

One must not minimize the impacts of sacrifice – which consequences are still being felt, when the conditions of freedom demand to be effected, and when social choices are being made. The intellectuals are still dazzled, but everyone can now speak out.

My speech does not seek to discuss the sequence of events following your act, Bouazizi, but rather what led you to that extreme. Being witness to the ostentatious wealth of a handful of men who are rich because of their connections with Men, without any connection to Mankind, devoid of those qualities which allow us to transcend the mere state of beasts. Knowing they’re filling their bellies replete in one of their sumptuous palaces, while you struggled to find enough food to make your family live, while you sadly kept on toiling for a meagre few dinars without those crooked men wanting it. The rage, the hatred, the despair… Knowing those feelings were shared by the whole people, yet to know the people to be ungrateful and ignorant of their own fellow countrymen. How to accept the unacceptable and live muted by one’s earthy gag, kept on by the batons of some of your brothers and sisters in the bouliss?  Probably did you want to vomit forth your disarray toward those who, out of self-interest, collaborated with Shaitan and spilled their disgust on the innocents who had to open their wallet and give their few dinars earned through toil to those hands covered by the shame of the people. Corruption… a blistering word, fuelling the fire that heats up shame.

A year ago, to the day.

No matter Tunisians’ perceptions as to effective or nominal change.

No matter the agreement, or lack thereof, around your act.

No matter that Ben Ali is still hiding away, sheltered from justice…

No matter…

Tunisia mourns one of her own, gone a year ago, to the day.

No matter. A family wears the veil of mourning today. All of Tunisia shares its grief.

Today, I think of you more than ever, Mohamed Bouazizi. I cry with your family over your sacrifice, I know your despair, your cause is mine, I thank you for the door you have opened to your people, to your brothers and sisters in the Arab world. May they remember your rage forever and protect the bled against any steps backwards, against all those who seek to lay their hands upon the people’s rediscovered pride.

Allah yarhmou.

Égypte: l’Islam politique s’assume, et inquiète | Egypt: Islam Matters (and worries, too)

Jérémie Lebel

(English follows)

Lors de la première ronde des élections égyptiennes, les partis islamistes principaux ont récolté près de 60% des voix. Le fort succès des Frères Musulmans, qui sont depuis longtemps la plus importante force politique du pays, n’a pas surpris. Ce qui a créé un choc fut plutôt le score étonnamment haut du parti salafiste Al-Nour (la lumière), dont la conception ultra-conservatrice de la politique et de la religion a touché une corde sensible chez près de 24% des électeurs.

Alors que les Frères Musulmans se démènent pour montrer un visage favorable au monde et (pour les cyniques) affectent au moins une préoccupation pour les droits des femmes et l’égalité de tous, les salafistes n’en ont cure. Ils défendent une vision très rigide et conservatrice de l’Islam politique, où la loi divine a suprématie sur toute autre loi. Ils se sont attiré des critiques durant les élections pour avoir remplacé les photos de leurs candidates par des images de roses ou par la photo de leur mari; après tout, selon eux, pourquoi mettre la photo de la candidate si son visage est de toutes manières invisible à cause du voile intégral? Un candidat salafiste a aussi déclaré que le célèbre auteur Naguib Mahfouz soutenait "la prostitution et l’athéisme" et que la démocratie était un "blasphème". Soulignons que l’idée des roses a causé la risée de plusieurs Égyptiens, ce que les salafistes n’ont pas pris avec beaucoup d’humour. En dépit de leurs idées manifestement rétrogrades, les salafistes devraient récolter non pas moins, mais plus d’appuis dans les prochaines rondes, car les régions qui ont encore à voter sont plus rurales et conservatrices.

Il convient de rappeler que l’Égypte est un pays plutôt conservateur, avec des lois relatives à la religion qui sont très peu progressistes. En décembre 2010, le Pew Research Center a publié un rapport sur la perception de la politique et de la religion dans le monde musulman. Les résultats pour l’Égypte étaient assez décourageants pour les défenseurs de la démocratie libérale : 95% des répondants disaient appuyer un rôle large de l’Islam dans la politique, 54% approuvaient la ségrégation des hommes et des femmes au travail, 82% approuvaient la lapidation comme châtiment de l’adultère et 84% approuvaient la peine de mort pour les apostats (ceux qui renoncent à leur religion, quoique cela ne s’applique que pour les musulmans qui veulent quitter leur foi et jamais à ceux qui veulent devenir musulmans). La constitution égyptienne stipule qu’aucune loi ne peut contredire la loi islamique, ou shariy’a ( شريعة). Notons ici que définir la shariy’a est très difficile, puisque c’est un ensemble de règles, d’interprétations et de commentaires en constante évolution. Néanmoins, il demeure que l’Islam est officiellement la « religion de l’État » en Égypte; l’adoption du droit international dans le droit interne est subordonnée à des réserves basées sur le respect de la shariy’a.

Concrètement, cela signifie, par exemple, que le mariage entre une musulmane et un non-musulman est interdit, comme si l’État devait avoir son mot à dire là-dedans. Dans d’autres domaines, comme le châtiment de l’apostasie ou les permis de construction pour des églises, la position officielle est plus permissive, mais les attitudes rigides des décideurs et fonctionnaires locaux se traduisent par du harcèlement et des difficultés pour ceux qui transgressent les interdits religieux ou appartiennent à une autre foi. Notons également que la « tolérance religieuse » ne va pas au-delà des trois religions abrahamiques; le culte Baha’i, par exemple, est interdit de pratique en Égypte.

Quoi conclure de tout cela? De quoi devrions-nous avoir « peur »? La montée de l’islamisme se traduira-t-elle par le chaos et la guerre? Cela au moins n’arrivera pas aussi longtemps qu’Israël continuera d’exercer une domination militaire aussi totale sur ses voisins. « Nous » n’avons rien à craindre; les Égyptiens, oui. Les mœurs privées ne devraient pas être l’objet de l’œil du régulateur. J’aimerais voir un politicien égyptien citer la phrase fameuse de Trudeau : « l’État n’a pas sa place dans les chambres à coucher de la nation ». De plus, le type de « pensée » qui caractérise le salafisme en est un qui fuit fièrement la raison et l’humanisme en faveur d’un absolutisme fermé. Leur moralité n’est pas ancrée dans le souci des autres ou la raison, ce qui laisse la porte ouverte à la justification de presque n’importe quoi. Quand on combine cela avec la mentalité de groupe fermé qui est la marque des fondamentalistes de toutes sortes, on peut comprendre pourquoi les Coptes ont peur pour leur sécurité.

La démocratie, selon moi, ne devrait pas seulement signifier le règne de la majorité. Elle signifie aussi un arrangement institutionnel qui garantit la liberté de conscience, la liberté d’expression, la liberté d’association, l’indépendance de la justice et la discussion rationnelle comme outil de base pour l’élaboration des lois. Je ne crois pas qu’une aussi large conception de la démocratie prenne racine en Égypte dans un futur proche. J’espère seulement que l’Égypte ne tombe pas trop profondément dans le piège de la religion politique, ce qui ne peut pas lui apporter grand-chose de bon.

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Jérémie Lebel

In the first round of the Egyptian elections, Islamist parties tallied around 60% of the vote. The strong showing by the Muslim Brotherhood, which got 36% of the vote, didn’t surprise, as they have been the best-organized political force in the country for years. What did create a shock is the surprisingly high turnout in favor of the Salafist party Al-Nour (The Light), whose ultra-conservative brand of religious politics resonated with an astounding 24% of voters.

While the Muslim Brotherhood takes pains to show an amenable face to the world and at least (for the cynical) pays lip service to the ideals of women’s rights and equality for all, the Salafists, to put it plainly, just don’t care. They stand for a rigidly conservative brand of political Islam, in which "God’s law" is superior to any other law. They took some flak during the elections for replacing the pictures of their women candidates by images of roses or pictures of their husbands; indeed, why show them if people couldn’t see their face anyway because of their full-face veil? One Salafist candidate also declared famed author Naguib Mahfouz was a defender of "prostitution and atheism" and that democracy was tantamount to "blasphemy". By the way, the rose images shtick drew them a healthy amount of ridicule, which they didn’t take so kindly. For all their backwardness, Salafists are expected to make more, not less, inroads in the coming months, since the regions that still have to vote are predominantly rural and more conservative.

It is important to remember that Egypt is in effect a pretty conservative country, with fairly retrograde laws when it comes to religion. In December 2010, the Pew Research Center released a report on perceptions of politics and religion in the Muslim World. The results for Egypt were disheartening for supporters of liberal democracy: 95% of respondents said that Islam should play a large role in politics, 54% approved that men and women should be segregated in the workplace, 82% said that adulterers should be stoned and 84% approved of the death penalty for apostates (people who renounce their religion, but that never applies to converts to Islam). The constitution of Egypt stipulates that no law can contradict Islamic Law, or shari’a ( شريعة). As an aside, defining just what is shari’a is not easy at all, as it is an ever-evolving corpus of rules, interpretations and commentaries. The fact remains that Islam is officially the "religion of the State" in Egypt, and that the adoption of international law into national law is subject to reservations based on the respect of shari’a.

In practical terms, the supremacy of Islamic Law means, for instance, that marriage between a Muslim woman and a non-Muslim man is forbidden, as if the State should have anything to say about that. In other domains, such as the punishment for apostasy, or construction permits for churches, the official position is more permissive, but entrenched attitudes in local officials translates into harassment and difficulties for those who transgress religious edicts or belong to another faith. One should also remember that "religious tolerance" extends only to the Abrahamic faiths; the Baha’i cult, as an example, isn’t allowed in Egypt.

What does it all mean? What should we "fear"? Will Islamism’s rise mean chaos and war? That much shouldn’t happen, at least as long as Isreal enjoys supreme military dominance over its neighbors. "We" don’t have anything to fear, to put it cruelly: Egyptians do. Private mores shouldn’t be a matter of State legislation. One would wish to see Egyptian politicos take for their own Trudeau’s famous quip : "there’s no place for the state in the bedrooms of the nation". Moreover, the kind of "thought" that characterizes Salafism is one that proudly shuns rationality and humanism in favor of slavish absolutism. Their morality isn’t anchored in care for others or rational thinking, leaving the door open to the justification of pretty much anything. When you combine that with the in-group mentality that is the hallmark of fundamentalists, you can begin to understand why Egyptian Copts fear for their safety.

Democracy, in my view, shouldn’t merely mean "majority rule". It also means an institutional design that guarantees freedom of thought, freedom of speech, freedom of association, the independence of justice, and according to me, rational discussion as the underlying tool for elaborating laws. I have no hope for such a wide conception of democracy to take hold in Egypt in the near future. All I can hope for is that Egypt doesn’t go too far down the road of religious politics, which cannot bring it much good.

L’"effet Bouazizi" | The "Bouazizi effect"

Yassine Poli

(English follows)

Bien que les Égyptiens nomment leur révolution : La révolution du 25 janvier, ses agitations premières trouvent leurs origines dans la série d’immolations de jeunes égyptiens, depuis le début du mois de janvier 2011,  exprimant leur refus du niveau de vie de la majeure partie du peuple égyptien, les inégalités dans le pays, l’absence des libertés, les brutalités policières ainsi que le désir d’une égale distribution  des richesses du pays.

« L’effet Facebook » : Comme dans le cas tunisien, Internet, avec ses multiples utilisations, a joué un rôle crucial dans le déclenchement de la révolution égyptienne de 2011. En effet, les réseaux sociaux sur Internet, entre autres Facebook et Twitter, ont beaucoup aidé les militants pour la démocratie et les droits de l’homme en Égypte et dans les autres pays arabes, à organiser, déclencher et mener à bien les mouvements insurrectionnels qui secouent la région.

Tout a commencé le 25 janvier 2011 après un appel  lancé sur Facebook par un groupe de jeunes internautes : le mouvement du 6 avril. Or, comme sous n’importe quel régime autoritaire et dès les premières journées, les manifestations furent violemment réprimées par les forces de sécurités, qui coupèrent internet ainsi que les communications mobiles dans tout le pays.

Sentant le danger que représente la chaine qatarie El Jazeera pour le règne du président égyptien déchu Moubarak, les autorités tentent à partir du 27 janvier 2011 de fermer ses bureaux du Caire. Malgré cette coupure voulant notamment empêcher les internautes  ainsi que les journalistes d’effectuer leur travail, les Égyptiens descendent de nouveau par dizaines de milliers dans la rue le 28 janvier 2011 pour ce qu’ils appellent   « le vendredi de la colère ».

« Je n’avais pas l’intention d’être de nouveau candidat à la présidence » : Au pouvoir depuis 31 ans et à l’âge de 83 ans, le président déchu, dans son premier discours du 29 janvier 2011, commence à sortir ses cartes. Il veut séduire ses citoyens en destituant son gouvernement et nommant un vice-président, mais la riposte des Égyptiens est claire : ils se durcissent et l’occupation de la place Tahrir par ces derniers commence le 29 janvier 2011.  Le jour de son premier discours,  le 1 février 2011, l’ONU évoque 300 morts, 3 000 blessés et des centaines d’arrestations, les victimes de la répression violente des manifestants.

« Ma’arakate Eldjimal ou la bataille des chameaux » : Les 2 et 3 février 2011 étaient  les jours les plus troublants de ces manifestations. En réponse à l’occupation de la place Tahrir par les manifestants, les Baltajiya (des nervis, des hommes de main payés ou des policiers déguisés en manifestants) et des  partisans de Moubarak les ont attaqués à dos de chameau,  avec des bâtons et des cailloux. Les heurts continuent pendant deux jours et le bilan est alors de six morts et 836 blessés. Un évènement qui traduit bien la bassesse de la politique primitive de ce régime dictatorial.

Les jours qui suivent voient se dérouler d’énormes mobilisations contre ce pouvoir. Le nombre des manifestants se compte désormais par centaines de  milliers, tous réunis, jours et nuits, à la place Tahrir ou dans les autres grandes villes. Les journées du 6, 7 et 8 février étaient celles du vice-président Omar Sulaiman qui tente avec toutes les manières d’entamer un dialogue avec l’opposition et les représentants des indignés sur la place Tahrir. Le résultat de ses concertations fut un fiasco.

« Le communiqué n° 1 » : Comme à l’époque de la guerre Arabo-Israélienne les années 1960 et 1970, l’armée égyptienne reprend la méthode des communiqués, vu la sensibilité critique de la situation en Égypte. Elle explique son intervention par un souci de protéger la nation.  De l’autre côté, Moubarak rappelle ses citoyens qu’il ne se représentera pas, comme il le leur avait promis, mais réaffirme qu’il poursuivra son mandat à terme, c’est-à-dire jusqu’à Septembre 2011. Par conséquence, les manifestants à la Place Tahrir  brandissent leurs chaussures et demandent toujours son départ.

Lâché par les Américains, refugié à Charm El-Chikh, le président déchu décide de laisser ainsi le pouvoir vacant. C’est le vice-président Omar Sulaiman qui le déclare le 11 février 2011. Ainsi, après 3 semaines de manifestations et d’énormes mobilisations populaires,  l’armée récupère le pouvoir en attendant la tenue d’élections démocratiques. À la  place Tahrir ainsi que dans toutes les autres régions du pays, la population laisse exploser sa joie suite à l’annonce du départ de Moubarak. Selon le ministère de la Santé égyptien, publié le 16 février,  le bilan de la révolution du 25 janvier 2011 est le suivant : 365 morts et 5500 blessés.

 

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Yassine Poli

Even though the Egyptian name their revolution: January 25th revolution, its first manifestations’ origins come from a series of young Egyptians immolations, since the beginning of January 2011, expressing their disapproval of the standards of life of the majority of the people of Egypt, the inequalities in the country, the lack of freedom, police brutality, and also to demand an equal distribution of the country’s wealth.

« The Facebook effect » : Just as the Tunisian case, Internet, with its multiple uses, played an important role in the outbreak of the Egyptian revolution of 2011. Sure enough, social networks such as Facebook and Twitter helped the democracy and human rights activists in Egypt significantly towards organizing, starting and managing these insurrectional movements that destabilize the region.

Everything started on January 25th 2011 after a call made on Facebook by a group of young internet users: April 6th Movement. Yet, as under any authoritarian regime, and since the first days, the protests were violently repressed by the law enforcement forces, and the internet and mobile communications were cut in the whole country.

The Egyptian authorities felt the dangers that the Qatari channel Al Jazeera represented to the reign of the former Egyptian president Mubarak, and tried to close its offices in Cairo since January 27th 2011. Despite this measure that intended to prevent internet users and journalists from doing their job, thousands of Egyptians took the street once again on January 28th, during what they call “Friday of Anger”.

« I had no intention to run in the presidential race anymore.» : After 31 years in power, at the age of 83, during his first address of January 29th 2011, the former president pulls his trump cards. While he tried to seduce the Egyptian people by deposing the government and appointing a vice-president, their response was clear: they stood their ground and occupied Tahrir Square starting from January 29th 2011, the very day he pronounced his first address. On February 1st 2011, UN talked about 300 dead, 3000 injured and hundreds of arrests, all victims of the violent repression of the protesters.

« Ma’arakate Eldjimal / The battle of the camels» : February 2nd and 3rd 2011 were the most disturbing days of these protests. As a response to the occupation of Tahrir Square by the protesters, the Baltajiya (thugs, henchmen or policemen in protesters’ disguise) and supporters of Mubarak attacked them on camels, using sticks and stones. The clashes lasted for two days, and the toll reached 6 dead and 836 injured. That event demonstrates very well the vileness of the primitive policy of that dictatorial regime.

The following days were full of huge mobilizations against the regime. The number of protestors reached hundreds of thousands, all gathered, day and night at Tahrir Square, or in the other large cities. The 6th, 7th and 8th of February was Vice-president Omar Suleiman’s, who tried in all ways to begin a dialogue with the opposition and the representatives of the protestors of Tahrir Square. It resulted into a total fiasco.

« Press release n° 1 » : Just as the old days of the Arab-Israeli war in the 60s and 70s, the Egyptian army goes back to the press releases’ method, regarding the critical situation in Egypt. It justifies its intervention by will to protect the nation. In the other hand, Mubarak reminds his citizens that he won’t go for the presidential run anymore, as he promised, but affirms that he will pursue his mandate until its end, which means until September 2011. Therefore, protestors at Tahrir Square wave their shoes and still demand his departure.

Dropped by the Americans and hiding in Sharm el-Sheikh, the former president decides to give up office. It is Vice-president Omar Suleiman who declares it on February 11th 2011. So, after 3 weeks of protests and enormous popular mobilizations, the army takes the lead, until democratic elections are held. In Tahrir Square, as well as all other regions of the country, there was a burst of joy amongst the population, following the announcement of Mubarak’s departure. According to the Egyptian ministry of Health, the toll of the January 25th revolution, published on February 16th, reached: 365 dead and 5500 injured.

Tunisie: le combat pour la dignité | Tunisia: the struggle for dignity

Yassine Poli

(English follows)

« Le pouvoir en Tunisie est un pouvoir fort…il est le descendant légitime de l’État national depuis 1956. »  C’est avec ces mots que le journaliste et intellectuel tunisien Borhane Bsaies avait commenté la révolte populaire tunisienne, dans la populaire émission Al-Itijah Al-Mouakis « À contre-sens » sur la chaine de télévision qatarie Al Jazeera, en défendant le pouvoir déchu  de l’Ex président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali.,  en fuite en Arabie Saoudite depuis le 14 janvier 2011,

Pourtant, trois jours plus tard (l’émission a été diffusée en direct le 11 janvier 2011), c’est la fin de ce régime policier fortement déstabilisé par d’énormes manifestations populaires qui le secouaient depuis trois semaines. Un gigantesque mouvement social qu’on appelle désormais « La révolution du Jasmin » donnera naissance à une autre semblable en Égypte et ailleurs dans le Nord-Afrique et le Moyen-Orient.  On parle désormais du « Printemps Arabe ».  Retour sur le déroulement  de ces mouvements  sociopolitiques qui agitent le Monde Arabe depuis le début de cette année 2011.

Tunisie : La révolution du Jasmin ou la révolution pour la dignité

Il faut être tunisien pour comprendre pourquoi les Tunisiens préfèrent de nommer leur révolution : Révolution pour la dignité;  plutôt que la qualification donnée  à elle en occident : La révolution du Jasmin.  Or, en s’immolant un certain  17 décembre 2010, le jeune tunisien  Mohammed Bouazizi, diplômé universitaire mais au chômage a osé se sacrifier pour exprimer ce ras-le-bol social et politique que vit tout un peuple, méprisé, tué et emprisonné par un pouvoir dictatorial qui gouvernait la Tunisie avec le tout sécuritaire depuis l’arrivée au règne du général Ben Ali le 7 novembre 1987.

Cinq jours (le : 22 décembre 2010) après l’immolation du Martyr  Bouazizi, c’est le tour d’un autre jeune tunisien de la même ville de Sidi Bouzid, au centre du pays, en criant qu’il ne voulait «plus de misère, plus de chômage». Subissant le chômage, le mépris, la cherté de la vie et l’écart de croissance entre leur région et les autres régions touristiques au Nord de la Tunisie, les populations civiles descendent dans la rue pour manifester pacifiquement leur colère envers cet état des choses.

Le 24 décembre 2010 et à 60 km de la ville de Sidi Bouzid, dans la localité de Menzel Bouzayane, des affrontements violents entre la population civile et la police font un mort et plusieurs blessés.  Quelques jours plus tard, les manifestations arrivent la capitale Tunis et comme dans toutes les tyrannies, la solution sécuritaire est la préférable. Les civils ont été violemment dispersés par les forces de l’ordre avec comme résultat plusieurs blessés du côté de la population civile.

« Je vous ai compris » : La petite phrase  n’est pas celle de Charles de Gaulle à Alger en 1958 mais bel et bien celle du dictateur Ben Ali, qui 23 ans après son arrivée au pouvoir après un coup d’État, exprime sa compréhension de «la difficulté générée par la situation de chômage et son impact psychologique sur celui qui la subit». Fidèle à ses pratiques dictatoriales, l’Ex chef d’État tunisien dans son discours à la nation du 28 décembre 2010, le premier depuis le début des émeutes sociales qui agitent son pouvoir, promet un avenir meilleur mais au même temps met en garde les Tunisiens contre d’éventuelles demandes politiques mettant en cause son pouvoir.

Le 4 janvier 2011, le vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, dorénavant symbole de la révolution pour la dignité en Tunisie et ailleurs dans le Monde Arabe, décède et 5.000 personnes marchent derrière son cercueil tout en criant vengeance jusqu’au cimetière. La révolution connait une autre phase dans les jours qui s’en suivent. Les 8 et 9 janvier furent deux journées meurtrières. En effet, les émeutes violentes dans trois villes du centre-ouest du pays, Kasserine, Thala et Regueb, font 21 morts selon les sources officielles et 50 morts d’après une source syndicale. Ainsi, les Tunisiens redécouvrent le vrai visage meurtrier du régime qui les gouverne d’une main de fer depuis deux décennies.

Dans son deuxième discours du 10 janvier 2011, le général promet 300 000 emplois d’ici 2012. Il est dans la possibilité d’en créer grâce à la générosité infinie de son collègue dans la tyrannie à l’Est, El Gueddafi de la Libye. La solution du tout sécuritaire n’est pas absente. Les portes des écoles et des universités ont été fermées et à partir du 12 janvier, un couvre-feu nocturne dans la capitale et sa banlieue est décrété par le remplaçant de l’ancien ministre de l’intérieur.

« Il n’y a pas de présidence à vie » : La décision aurait semblé avoir un caractère de soulagement si elle avait été déclarée il y a des années, mais dans le cas de Ben Ali lors de ces évènements, elle exprime une vraie peur au sein de son pouvoir. Dans son troisième discours depuis le début des émeutes et son dernier en tant que président de la Tunisie, Ben Ali s’engage à laisser le pouvoir en 2014, à arrêter les tirs contre les manifestants, à baisser les prix des produits de première nécessité et à lever la censure sur les sites internet. La riposte du peuple tunisien fut de braver le couvre-feu et de descendre dans les rues de la capitale Tunis et des grandes villes comme Carthage et Sidi Bou Saïd pour manifester leur joie.

En annonçant le 14 janvier 2011 la dissolution de son gouvernement et l’organisation d’élections législatives anticipées d’ici six mois, le président en fuite brûle ses dernières cartouches et le peuple tunisien, conscient de ce qui l’attend si ce pouvoir reste en place, veut son départ de la tête de l’État.

En fin de journée, le premier ministre Mohammed Ghannouchi déclare qu’il va assurer l’intérim de la présidence car le chef de l’État «n’est temporairement pas en mesure d’exercer ses responsabilités». Ce dernier a en réalité pris l’avion quelques heures plus tôt pour rejoindre la ville de Jeddah, en Arabie Saoudite. Le choix de ce pays n’est pas volontaire. Il se justifie par le fait qu’aucun pays allié du pouvoir de l’ancien président tunisien, entre autre la France et Malte, n’est prêt pour le recevoir. En quittant la gouvernance de la Tunisie et en prenant la fuite vers le Golfe, Ben Ali était obligé d’obéir à la volonté populaire pour une réelle transition démocratique où le peuple tunisien sera la véritable source de légitimité politique. Ce que les mois qui ont suivi ces évènements nous ont montré.

Les répercussions de la révolte populaire tunisienne dépassent de loin ses frontières. On va voir qu’à des centaines de km à l’Est de la Tunisie et même pas 10 jours après le renversement du régime de Ben Ali, c’est l’Égypte de Moubarak qui débute sa révolte populaire qui va pousser un autre dictateur arabe à quitter son fauteuil.

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Yassine Poli

« The regime in Tunisia is strong… it is the legitimate descendant of the national State since 1956.” These words were the comment Borhane Bsais, Tunisian journalist and intellectual, made about the Tunisian popular revolt, during the so-popular show of Al-Itijah Al-Mouakis “against the grain” on the Qatari channel Al Jazeera, defending the fallen regime of the former Tunisian president, Zine El-Abidine Ben Ali, in hiding in Saudi Arabia since January 14th, 2011.

Nevertheless, three days later, (the show was broadcasted live on January 11th, 2011), it’s the end of this police state, highly destabilized by huge popular protests that was challenging it during the past three weeks. A gigantic social movement now called “Jasmine revolution”, which will lead to a similar one in Egypt, and elsewhere in North-Africa and the Middle-East. It is called by the eminent specialists “the Arab spring”. A look back at these sociopolitical movements that attended the Arab world since the beginning of 2011.

Tunisia: The Jasmine revolution of the revolution for dignity

One has to be Tunisian in order to understand why the Tunisian prefer to name their revolution: Revolution for dignity, rather than the name given in western medias: Jasmine revolution. Yet, on December 17th, 2010, Mohammed Bouazizi, a young Tunisian, unemployed university graduate, dared to scarify himself, by self-immolation, in order to express that social and political discontent that a whole people lived, despised, killed and detained by a dictatorial government that ruled Tunisia since General Ben Ali took power on November 7th, 1987.

Five days following the immolation of the Martyr Bouazizi (December 22nd, 2011), it’s another Tunisian’s turn, from the same city of Sidi Bouzid, in the center of Tunisia, shouting that he wanted “no more misery, no more unemployment”. Undergoing unemployment, disregard, high living costs and the gap in growth between their region and other touristic regions in the North of Tunisia, the civil population takes the streets in order to demonstrate peacefully their anger with the current situation.

On December 24th, 2010, 60km away from Sidi Bouzid, in the locality of Menzel Bouzayane, violent combats between civilians and police result to one death and several injured. Few days later, the protests have reached the capital Tunis, and as in any tyranny, the security solution was preferred. The civilians were violently dispersed by law enforcement authorities, leading to several injuries amongst the civilians.

“I have understood you”: This short sentence isn’t Charles de Gaulle’s at Algiers in 1958; it is definitely Ben Ali’s, who’s expressing his understanding of the “hardness due to the unemployment situation and its psychological impact on he who undergoes it”, 23 years after he took the power after a coup d’état. In accordance to his dictatorial practices, in his address to the nation on December 28th 2010, the first since the beginning of the social riots that destabilize his government, the former Tunisian president promises a better future, while threatening the Tunisian from making eventual political demands that would question his regime.

Mohamed Bouazizi, street vendor and the now famous symbol of the revolution for dignity in Tunisia and the Arab world, dies on the 4th of January 2011, and 5000 people march behind his coffin, promising vengeance all along their way to the cemetery.  The revolution enters then another phase during the few following days.  The 8th and 9th of January were two bloody days. Sure enough, the violent riots’ toll in three cities in the central western part of the country: Kasserine, Thala and Regueb, is 21 dead, according to official sources, and 50 dead from syndical sources. Thus, the Tunisian rediscover the real murderous face of the regime that has been ruling them with an iron fist since two decades.

During his second address of January 10th 2011, the general promises 300 000 additional jobs by 2012. It is made possible for him to achieve that thanks to the limitless generosity of his eastern colleague in tyranny, Gaddafi of Libya. The zero tolerance option wasn’t excluded. Schools and universities closed their doors, and since January 12th, a nocturnal curfew in the capital and its suburbs was decreed by the former minister of interior’s stand-in.

« There is no presidency for life » : The decision would have been relieving if it had been declared years ago, but in Ben Ali’s case during these events, it expresses a real fear amongst his regime. During his third address since the beginning of the riots, his last as president of Tunisia, Ben Ali makes a commitment to give up presidency by 2014, to stop fires against the protesters, to lower essential products’ prices and to lift the censorship on internet websites. Tunisian people’s response was to defy the curfew and to take the streets of Tunis and the largest cities such as Carthage and Sidi Bou Saïd in order to express their joy.

By announcing the dissolution of his governments and the organization of anticipated legislative elections in six months, on January 14th 2011, the fleeing president played his last card, and the Tunisian people, acknowledging what’s waiting for him if his regime ever stays in place, wants his departure from the State’s top.

At the end of the day, Mohammed Ghannouchi, Tunisia’s Prime Minister, declares that he will temporarily fill the position of president because the head of state “is temporarily unable to fulfill his responsibilities”. Actually, the latter had taken a flight, few hours earlier, to Jeddah, in Saudi Arabia. Choosing that country wasn’t voluntary. It is justified by the fact that none of the former president’s regime’s allies, France and Malta amongst others, was ready to receive him. By exiting governance of Tunisia and fleeing to the Golf, Ben Ali was forced to obey the will of the people for a real democratic transition, in which the Tunisian people would be the true source of political legitimacy, which was shown by the following months.

The consequences of the Tunisian popular uprising greatly exceed its frontiers. Hundreds of kilometers away from the east of Tunisia, and barely 10 days after the overthrow of Ben Ali’s regime, it’s Mubarak’s Egypt that will start its popular revolution, which will make another Arab dictator abandon the chair.

 

Comme à l’ancienne | Just like in the bad old days

AP Photo/Khalil Hamra

Jérémie Lebel

La Place Tahrir du Caire, qui fut occupée par les manifestants anti-Mubarak et où plusieurs trouvèrent la mort, est de nouveau la scène de manifestations de masse et de contre-mesures brutales, une semaine avant les élections parlementaires à venir. Durant la fin de semaine dernière, des dizaines de milliers de manifestants, autant laïques qu’islamistes, ont occupé la Place dans le cadre du "Vendredi d’une seule demande". Les protestations commencèrent vendredi soir, mais ne prirent de l’envergure que le samedi en journée, en réaction à la brutalité policière. De longues luttes ont opposé les manifestants à la police, qui utilisait des gaz lacrymogènes et des balles de caoutchouc pour neutraliser le mouvement. Le Ministère de la Santé égyptien fait état d’au moins 20 morts et 2000 blessés après la fin de semaine.

La police est accusée par les activistes et les médecins d’avoir délibérément visé le visage des gens avec les fusils à balles de caoutchouc, ainsi que d’avoir utilisé des balles réelles dans certains cas. Les balles de caoutchouc sont des munitions mieux caractérisées comme "moins-que-mortelles", car elles peuvent causer des dommages sérieux au corps humain si elles frappent des parties vulnérables et si elles sont tirées de trop près.

La cause des manifestations repose en l’effritement clair (et mérité) de la confiance envers le Conseil suprême des Forces armées (CSFA), qui détient le pouvoir effectif depuis le départ de Mubarak. Dans une proposition constitutionnelle faite le 2 novembre, le vice-premier ministre Ali Al Selmi a effectivement proposé un arrangement constitutionnel qui garantirait aux Forces armées le contrôle total sur leur budget et sur leur fonctionnement, ainsi que l’obligation de consulter le CSFA pour déclarer la guerre. Selon cette proposition, le CSFA nommerait 80 des 100 membres d’une nouvelle assemblée constitutionnelle et le Parlement 20. Le plan de transition actuel envisage une passation des pouvoirs totale au pouvoir civil dans un horizon de deux ans, avec bien sûr un contrôle de l’armée sur l’élaboration de la constitution.

Les élections parlementaires égyptiennes doivent avoir lieu le 28 novembre. Néanmoins, le pouvoir demeurera entre les mains du CSFA jusqu’à l’élection d’un président, qui est prévue pour la fin de l’année 2012 ou même 2013, un scénario qui déplaît profondément aux nouveaux occupants de la Place Tahrir.

La réponse des partis politiques égyptiens a été assez unie, mais avec des différences notables dans la virulence. Les Frères Musulmans, ainsi que leur aile politique Liberté et Justice, ont dénoncé les violences, mais n’ont pas demandé la dissolution du CSFA. Le parti Nour, d’obédience salafiste, a réitéré le droit de manifester, tout en accusant certains manifestants de vouloir créer le chaos et en rappelant son soutien au calendrier électoral prévu. Le parti libéral Wafd, le plus ancien d’Égypte, s’est joint aux dénonciations, en accusant au passage des "ennemis intérieurs et extérieurs" de l’Égypte de vouloir entraver la révolution.

La transition démocratique égyptienne est donc loin d’être terminée. Entamer le mur de l’impunité des forces armées et policières prendra du temps, de même qu’abolir conceptuellement la fusion régime-État qui caractérise encore le discours des chefs militaires, qui répètent que les manifestants devraient utiliser des "moyens légaux" – qui sont tous suspendus présentement. Une chose est claire, néanmoins: la vieille méthode ne fonctionne plus.

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Cairo’s Tahrir Square was the central gathering point of the highest-profile protests agains Mubarak, and the scene of wanton brutality and killings. During the last weekend, this blood-stained history became all too familiar again, one short week before the upcoming parliamentarian elections. During the weekend, tens of thousands of protesters invaded the square; some were Islamists, others secular, all there for the “Friday of One Demand”. The protests began on Friday but only took their stride on Saturday in response to police brutality. Police forces used rubber bullets and tear gas to disperse the protesters. According to the Egyptian Health Ministry, the toll as of Monday Morning is of at least 20 dead and 2000 wounded.

Activists and doctors claim the police deliberately aimed at people’s faces with rubber bullets, and also used live ammunition in a few cases. Rubber bullets are best defined as “less-than-lethal” ammunition, since they can mete out serious injury or death if they strike vulnerable areas of it they’re shot from too close.

Behind the protests is a clear loss of confidence towards the Supreme Council of the Armed Forces (SCAF), which has held effective power since the ouster of Mubarak. In a constitutional proposition made on the 2nd of November, Deputy Prime Minister Ali Selmi laid out a frame in which the Armed Forces would exert total power upon their budget and their functioning, as well as having a mandatory right of regard in declaring war. According to this plan, the SCAF would also appoint 80 out of 100 members of a new Constitutional Assembly. The actual roadmap for transition envisions a total passing of powers to civilian authorities within a 2-year horizon, with the Army having a strong role in drafting the new constitution.

Egyptian parliamentary elections are to be held on November 28th. Nevertheless, power will lay in the hands of the SCAF until the election of a president, which is due to happen at the end of 2012 or even in 2013, a scenario that doesn’t resonate well with protesters.

Political parties’ reactions have been relatively united, albeit with differences in tone. The Muslim Brotherhood and its political wing, Freedom and Justice, denounced the violence but stopped short of asking for the SCAF to step down. Salafist party Nour reasserted the right to protest, while simultaneously accusing some protesters of wanting to create chaos, and reaffirming its support for the established electoral calendar. Wafd, the oldest liberal party of Egypt, joined the chorus, but stroke an unclear note by mentioning “enemies” inside and outside Egypt of seeking to thwart the revolution.

Egypt’s democratic transition is thus quite far from over. Taking down the wall of impunity protecting both the police and the army will take much time; so will conceptually abolishing the Regime-State confusion that is still found in the military rulers’ discourse. Indeed, SCAF public figures like to repeat that protesters should limit themselves to using legal means – when legality is suspended. One thing is clear, though: the old ways just won’t cut it anymore.

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